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Rose et Lucy… résonance

20 décembre 2010

Chanson d’Anne Sylvestre en résonance avec l’article de l’autre jour sur cette gamine…

Rose

Anne Sylvestre, 1981

Rose, elle avait seize ans, c’était une gamine,
Elle aimait s’amuser, n’y voyait pas de mal.
Ses parents la gardaient comme une perle fine,
Elle passait la fenêtre et s’en allait au bal.
Elle voulait s’amuser, c’est vrai, je le répète,
Elle aimait les garçons, surtout pour en rêver.
Elle ne savait rien des envers de la fête.
Elle couchait parfois, mais pour se réchauffer.

Elle ne savait rien, j’en suis presque certaine,
Car sa mère disait qu’elle avait bien le temps.
Aussi ce fut après bon nombre de semaines
Qu’elle sut que peut-être elle portait un enfant.
Elle n’y crut pas trop ou s’empêcha d’y croire.
Un jour, elle ne put le cacher plus longtemps.
Son père la chassa comme dans les histoires
Et le garçon se moqua d’elle évidemment.

Rose aurait bien voulu ne pas garder la chose
Qu’elle désavouait de tout son corps surpris,
Mais il était trop tard et la métamorphose
Continuait sans elle et l’effrayait aussi.
Quand elle se débattit pour la jeter au monde,
Elle dit que surtout elle n’en voulait pas,
Mais on lui mit aux bras une poupée si blonde
Que toute son enfance au cœur lui remonta.

Elle essaya de vivre et n’y fut pas habile,
La misère est plus dure à qui ne comprend rien.
Elle était isolée dans le désert des villes
Et personne jamais ne lui tendit la main.
Elle ne savait pas, et vous devez me croire,
Qu’un enfant, ça diffère un peu d’une poupée,
Et quand elle sortait, elle avait en mémoire
Qu’il était dans sa boîte et qu’elle l’avait rangé.

Mais un jour qu’elle avait plus fort que d’habitude
Joué à la maman et qu’il ne bougeait plus,
Elle a vu plus de gens que dans sa solitude,
Quand elle avait besoin il n’en était venu.
Vous allez la juger du haut de votre tête,
Monsieur le Président et Messieurs de la Cour.
N’oubliez pas surtout qu’avec nous tous vous êtes
Coupables de silence et de manque d’amour.

Le malheur, voyez-vous, est une autre planète,
Et nous devrions bien la découvrir un jour.


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2 commentaires leave one →
  1. 20 décembre 2010 19:54

    Comment ne pas vous remercier pour ce rapprochement ? Si mon texte a des prétentions littéraires que vous avez goûtées – n’en déplaise à certains autres de mes lecteurs, celui d’Anne Sylvestre est sublime d’une apparente simplicité pour dire pire… Je suis frappé par la résonance qui dépasse le thème et se retrouve jusque dans certaines figures de style, alors que je vous confesse avoir découvert cette chanson d’Anne Sylvestre en vous lisant. Lucy comme Rose sont des incarnations de drames intemporels, éternel retour du tragique humain, par delà le bien et le mal.

    • 21 décembre 2010 17:47

      Les goûts des uns, les goûts des autres 🙂 …
      Je suis en recherche d’autres résonance que votre texte a éveillé en moi. Lucy, Rose et tant d’autres n’ont pas la parole. Parler, écrire en leur nom est impossible. Alors parler d’elles est important pour qu’elles existent, qu’elles existent au-delà du fait divers sordide.

À vous ! Un mot ou deux, trois ou quatre et même plus... !

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